L’hypertension artérielle touche environ un tiers des adultes marocains de plus de quarante ans. Sa particularité clinique est aussi son danger : elle est asymptomatique. Aucune douleur, aucune gêne, rien qui pousse à consulter. Pendant ce temps, la pression exercée sur la paroi des artères les épaissit, les rigidifie et prépare l’accident vasculaire ou l’insuffisance rénale de la décennie suivante.
Ce que « 14/9 » veut vraiment dire
Le premier chiffre mesure la pression au moment où le cœur se contracte, le second lorsqu’il se relâche. On parle d’hypertension à partir de 140/90 mmHg, confirmée sur au moins deux consultations distinctes. Une mesure isolée ne suffit jamais : le stress d’une salle d’attente peut faire monter la systolique de vingt points, un phénomène si fréquent qu’il porte un nom — l’effet blouse blanche.
Une automesure de trois jours à domicile vaut mieux qu’une mesure parfaite au cabinet. Le tensiomètre de votre salon dit la vérité que celui du médecin déforme.
Cinq leviers avant le médicament
- Réduire le sel à moins de 5 g par jour — l’essentiel vient du pain, des conserves et des olives, pas de la salière.
- Trente minutes de marche rapide, cinq jours sur sept : − 5 à 8 mmHg de systolique.
- Perdre 5 % du poids corporel fait souvent plus qu’un demi-comprimé.
- Limiter le thé très sucré : le sucre agit sur la pression par la voie de l’insuline.
- Traiter un ronflement bruyant : l’apnée du sommeil est une cause d’hypertension résistante largement sous-diagnostiquée.
Si après trois mois d’hygiène de vie rigoureuse la pression reste au-dessus de 140/90, le traitement médicamenteux n’est pas un échec : c’est la suite logique. Les molécules actuelles se prennent en une fois par jour, et leurs effets secondaires sont largement inférieurs à ceux d’un AVC à soixante ans.
L’auteur
Pr Omar Tazi
Chef de pôle — Cardiologie
Professeur agrégé de cardiologie, Omar Tazi a dirigé l’unité de soins intensifs cardiologiques du CHU Ibn Rochd pendant huit ans. Il a introduit le coroscanner à Al Manar en 2016, réduisant de moitié le recours à la coronarographie diagnostique invasive.
En savoir plusCet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptôme, consultez un professionnel de santé.


